Adresse
Vernissage le 12 décembre dès 18h00
Exposition visible du 13 au 26 décembre sur rendez-vous uniquement:
contact@legraincreation.ch

13.12.2025 - 26.12.2025
Plastique
Carlos Andrade
Carlos Andrade
né en 1963 à Cali, Colombie, artiste plasticien multidisciplinaire dont le parcours s’est développé entre Cali et New York. Sa formation initiale en peinture a établi le cadre à partir duquel il a élargi sa pratique vers l’assemblage, l’installation, le travail avec la lumière et l’estampe. Dans tous ces domaines, il maintient une approche centrée sur le pictural en tant qu’outil conceptuel, et non uniquement comme technique.
Depuis le début de sa carrière, il organise sa production autour de deux axes de travail : le vide et le contenu. Le vide fonctionne comme un espace d’ordre, d’économie gestuelle et d’attention structurelle. Le contenu, en contraste, se manifeste en couches qui combinent des éléments expressifs et figuratifs, générant des scènes aux implications psychologiques et philosophiques. Ces deux lignes ne fonctionnent pas comme des opposés, mais comme des cadres permettant d’examiner différentes modalités de construction visuelle.
Dans son œuvre picturale, il développe des strates superposées où se révèlent des tensions entre contrôle rationnel et impulsion intuitive. Dans ses assemblages, cet équilibre se déplace vers l’exploration de matériaux industriels et d’éléments non traditionnels, ce qui lui permet d’étendre les limites entre peinture, objet et installation. Ses intérêts dialoguent avec des références historiques allant du baroque au minimalisme, non comme des adhésions stylistiques, mais comme des points d’analyse et de contraste.
Le développement de son travail est marqué par des processus internes qui introduisent des frictions constantes : autocritique, précision, doute et impatience interviennent dans ses décisions formelles et conceptuelles. Parallèlement, il a maintenu un intérêt constant pour la gestion culturelle et la collaboration, comprises comme des stratégies permettant de situer la pratique artistique dans un cadre collectif et non exclusivement individuel.
Depuis plus de trois décennies, son œuvre a été présentée dans divers espaces en Colombie, aux États-Unis et en Europe.
PLASTIQUE
Est une allégorie de l’excès et de l’expansion.
L’œuvre se construit à partir d’une collision entre l’intuition et le résidu : des fragments de polymères colorés — vestiges d’une ère aussi lumineuse que toxique — sont assemblés dans un champ pictural où la matière dicte elle-même sa forme et sa limite.
La couleur, à la fois intense et artificielle, ne représente plus : elle s’impose comme un état. À sa surface, un expressionnisme fabriqué semble vibrer, une émotion filtrée par la machine, où le synthétique remplace l’organique tout en conservant une vitalité entièrement chimique.
Située entre minimalisme et néo-expressionnisme, la pièce associe géométrie et déformation, ordre et tension. Chaque coupe, chaque collage agit comme une suture visuelle : une tentative de réparation au cœur même de l’excès, une ligne de fuite entre le rationnel et l’émotionnel.
Le plastique — matériau incriminé, omniprésent, quasi immortel — se révèle ici comme le miroir exact de notre époque. Sa légèreté apparente porte un poids historique ; sa transparence contient une part d’ombre. Dans une perspective inspirée de Žižek, il incarne la contradiction centrale du capitalisme tardif : une matière qui nie sa propre matérialité tout en l’exacerbant. Objet « sublime » de l’ère industrielle, il fait de l’artificiel la norme et de l’excès une évidence.
L’œuvre explore également ce que Žižek nommerait le « plaisir du déchet » : cette fascination ambiguë pour ce qui devrait nous repousser. En tant que résidu indestructible, le plastique devient le retour du refoulé de la modernité, révélant la vérité matérielle d’un système qui promet l’immatériel. Chaque fragment témoigne d’un désir qui ne disparaît pas mais se reconfigure à l’infini.
Le geste d’assemblage est lent, silencieux, presque rituel. Dans cette manipulation répétée émerge un espace méditatif : l’artiste devient officiant du résidu, transformant le déchet en surface. Mais cette réparation reste traversée par une ironie : créer de la beauté à partir du collapse ne le répare pas, mais en recompose simplement la logique interne.
De loin, l’œuvre paraît maîtrisée ; de près, elle révèle superpositions, tensions et ruptures. Les motifs se dilatent, se replient, se heurtent, cherchant à contenir une énergie qui déborde. « Le réel », comme dirait Žižek, surgit dans les fissures : dans ce qui résiste à la mise en forme totale.
PLASTIQUE apparaît ainsi comme une masse légère mais monumentale, un corps plastique qui imite la peinture tout en la trahissant de l’intérieur, une topographie émotionnelle issue des restes du monde moderne, une image où l’idéologie brille autant que la matière qui la compose.
Texte de Carlos Andrade




